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Un corse est embauché par une société d'autoroute.
Publié le mardi 23 février 2010 à 10H27
A bientôt 30 ans, l'ancien pro sait qu'il a raté une carrière exceptionnelle
"Si une équipe pro me recrute, je serai dans le Top 10 du Tour de France" prétend Eddy Lembo.
Photo georges delarboulas
Il aurait dû briller sur les routes du Tour de France. Au lieu de cela, il a connu les pires galères dans le milieu professionnel. À qui la faute ? À sa sensibilité à fleur de peau, à son impulsivité, ou à ses employeurs qui ne lui ont pas accordé la confiance nécessaire? Une seule certitude: Lembo aurait pu mieux faire, beaucoup mieux...
- Pourquoi traînez-vous une aussi mauvaise réputation ?
Eddy Lembo : Je me le demande souvent. Je suis passé pro à 19 ans et j'ai obtenu des résultats tout de suite. Certains leaders ont alors fait courir des bruits infondés sur mon
compte. En disant que je me dopais et du coup j'étais suspecté par tous.
- Cela se traduisait comment ?
Eddy Lembo : Les responsables de mon équipe d'alors (Jean Delatour) fouillaient régulièrement mes valises lorsque j'étais en course. Et ils ne trouvaient...rien. Ils m'expliquaient
que c'était pour jouer la carte du cyclisme "propre". Pour moi, c'était surtout un manque flagrant de confiance et, fin 2001, j'ai refusé la prolongation de mon contrat.
- À cette époque, Marc Madiot, manager de la Française des Jeux, vous a contacté.
Eddy Lembo : Oui, il m'a dit : "Je vais te faire gagner Paris-Roubaix." On était d'accord sur tout, le contrat, le salaire. Quelques jours après, j'ai rencontré Yvon (le
frère de Marc, ndlr) et le discours avait complètement changé. Il m'a clairement dit que mes anciens dirigeants (qui ont prétendu le contraire par la suite) m'avaient "cassé du sucre"
sur le dos.
- Que s'est-il passé ensuite ?
Eddy Lembo : Grâce à l'équipe Oktos, je suis resté chez les pros. Cette année-là (2002), je n'ai pas encore 22 ans, quand je gagne une étape du Tour de Suisse dont je porte deux
jours le maillot de leader devant Alex Zülle (champion du monde du Contre la montre 96 et double vainqueur de la Vuelta 96-97). Malgré cette performance, tout le monde me tourne le dos,
sauf l'équipe belge Palmans-Collstrop qui, par la suite, ne s'est pas montrée à la hauteur de mes espérances.
- Actuellement vous courez en Guadeloupe, pourquoi pas pour un club provençal ?
Eddy Lembo : Je gagne bien ma vie en Guadeloupe, mais cette année j'étais prêt à faire des sacrifices pour revenir dans un club local. Briller sous un maillot provençal et apporter
mon expérience aux jeunes de la région. Le seul problème, c'est que l'on a peur d'avoir Eddy Lembo dans une équipe. En 2005, il y a eu aussi l'histoire du trafic de "pot belge" à
Bordeaux. Je n'avais déjà plus de contrat avant cette affaire dans laquelle je n'ai fait que présenter une connaissance au cerveau du trafic. Je n'ai jamais consommé ce genre de
produit, il est hors de question que je touche à cette drogue. Par la suite je suis allé travailler à l'usine pour gagner ma vie.
- À bientôt 30 ans, avez-vous conscience que vous êtes passé à côté d'une grande carrière ?
Eddy Lembo : Oui, bien sûr. Certains coureurs signent dans des équipes pros sans avoir obtenu de résultats, juste en emmenant un sponsor et pouvoir dire qu'ils sont pros. Ce n'est
pas mon cas. Je le dis haut et fort, car ma carrière n'est pas finie. J'ai encore progressé et sans prétention, si une équipe me prend, je serai dans le top 10 du Tour de France.